Je tiens bien là quelque chose, une piste. En effet, les arbres de PJR ne sont ni une simple observation de botaniste, qui va se borner à accumuler des faits sur les arbres en vue de constituer sa classification, ni une pure abstraction ou mathématisation de la structure de l’arbre (voir fig. 8). Ils se situent au niveau de l’expérience esthétique 1.
Le XVIIIème siècle se plaît à réaliser par curiosité et distraction de nombreuses expériences, qui sont souvent vécues comme un spectacle étonnant et dramatique. Les scientifiques font mourir devant leur public une souris sous une cloche hermétique, ou bien transfusent un agité avec du sang d’agneau. Diderot conçoit lui-même l’expérience comme une sorte de délire créateur qu’il met en scène à travers le biais du rêve. Dans la discussion précédant le rêve de d’Alembert, cherchant à montrer qu’il n’y a qu’une seule substance et que toute chose est en mouvement, il procède à une expérience imaginaire 2 à l’aide d’un arbre: « ôtez l’obstacle qui s’oppose au transport local du corps immobile, et il sera transféré. Supprimez par une raréfaction subite l’air qui environne cet énorme tronc de chêne, et l’eau qu’il contient, entrant tout à coup en expansion, le dispersera en cent mille éclats. » (voir fig. 6).
De même les arbres de PJR sont eux-aussi une expérience imaginaire dont l’énoncé scientifico-pataphysique pourrait être :
« A l’aide d’un objet contondant coupez un arbre juste au niveau de sa mise en terre, puis grâce à une grue ou autre bras articulé tournez l’arbre à 180° et faites-le pendre par le tronc. Les présupposés sont en vrac comment va s’effectuer la chute, quel va être le temps de décomposition,… »


1
A la suite de Locke, Buffon situait le niveau de l’expérience (entre l’observation et l’abstraction) comme principale source de connaissance : « il ne faut pas s’imaginer (…) que dans l’étude de l’histoire naturelle, on doive se borner à faire des descriptions exactes (…) il faut tâcher de s’élever à quelque chose de plus grand (…) combiner les observations, généraliser les faits, les lier ensemble par la force des analogies (…) », « tout édifice bâti sur des idées abstraites est un temple élevé à l’erreur ».
2 Alfred Jarry et toute la pataphysique se sont inspirés des expériences imaginaires de Diderot, comme, toujours dans le Rêve de d’Alembert, l’indivisibilité de l’éléphant atomique, le jeu des cordes vibrantes sensibles ou encore manger une statue de marbre.

 

   
                     
 
   
         
    Texte de François Beaune

 

De l'usage des nuages-
36 exemples d'arborescence


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