Je sonne et il me fait entrer dans un immense salon vide de meuble. Il a disposé ses planches par terre et a laissé entre chacune de petits couloirs pour me faciliter l’accès. Trente-six cases de papier sur un parquet sombre et glissant.
Ce que je vois dans l’ordre : d’abord des arbres renversés. Ensuite le style, un dessin d’observation à la manière des botanistes du XVIIIème siècle, précis, exigeant, en couleur.
Un dessin qu’implicitement on comprend destiné à la classification des espèces, avec son numéro, son nom vulgaire et son nom savant en latin.
Je reviens à ma première vision : les arbres sont à l’envers. Est-ce qu’il s’en est aperçu ?
Le travail est minutieux, de longue haleine. Je me dis oui, il a dû faire exprès. Je réfléchis néanmoins au prix qu’il aurait pu demander pour chaque dessin dans le bon sens. L’argent, quand j’en manque, agit sur moi comme un obsédant. Lui est en quête de quelque chose d’autre, de moins uniforme je le pressens.

PJR (ses initiales, écrites sous la sonnette, m’ont frappé en entrant) laisse rebondir quelques phrases sur les tentures, me découvrant par morceaux les intuitions qui le guident. Ces arbres à nos pieds ne sont pas des arbres, mais des arborescences. En fait, ce sont des nuages,
me dit-il, un procédé d’usage des nuages dont je cherche à dresser l’inventaire.
Arbres-arborescences, arbres-nuages, que dois-je comprendre ? Bientôt il quitte la pièce,
et me recommandant de claquer la porte derrière moi quand j’aurai fini.
J’ai ôté mes chaussures à talons. Sur les chemins entre les cases durant des heures je me promène, en chaussettes, cherchant à percer la véritable nature des arbres de PJR.
   
                   
 
   
         
   

Texte de François Beaune

 

De l'usage des nuages-
36 exemples d'arborescence


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